Tu peux juste faire les choses

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Elle est bien loin, l’époque où les beaux parleurs pouvaient se plaindre des obstacles qui les empêchaient de descendre dans les tranchées. Aujourd’hui, l’homme doit agir ; et en agissant, rencontrer sa chance au coin de la prochaine action.

« Tu peux juste faire les choses » était mon thème personnel pour 2025. Je le dis en tant que quelqu’un qui a passé six ans à faire exactement le contraire.

Six ans de « plus tard »

En 2019, je cherchais une application qui m’aiderait à passer du temps avec Dieu et, en même temps, à rester proche de mon église locale. Je n’en trouvais aucune qui fasse les deux. À un moment, j’ai compris que si cette pièce manquante devait exister, il faudrait que je la construise moi-même.

Alors j’en ai parlé. Beaucoup. Tous ceux à qui j’en parlais confirmaient le besoin. Puis rien ne s’est passé, parce que je n’ai rien fait. Ma tête était pleine d’objections très raisonnables :

  1. Ce n’est pas encore assez bien.
  2. Ce n’est pas le bon moment.
  3. D’où viendra l’argent ?

Puis le Covid est arrivé, et avec lui plus de temps libre que je n’en avais jamais eu. On aurait pu croire que c’était le moment. Ce ne l’était pas. L’idée s’est doucement éteinte avec les confinements.

En 2025, l’année même où j’ai choisi mon thème, mon église a choisi le sien :

Il faut que je fasse, tandis qu’il est jour, les œuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient, où personne ne peut travailler.

Jean 9:4

La nuit vient. Le « plus tard » que je me répétais depuis des années est devenu « maintenant ».

Alors j’ai commencé avec quelque chose de petit : un lectionnaire, et c’est tout. Mon côté perfectionniste trouvait ça gênant. Les premières personnes qui l’ont essayé l’ont adoré. Cette petite chose est devenue Lectio. Des jeunes de mon église s’y sont joints, puis des personnes d’autres pays et d’autres continents, que pour la plupart je n’avais jamais rencontrées. Aujourd’hui, plus de 400 personnes l’ouvrent chaque semaine, en français, en anglais et en wolof.1 Lectio n’a pas de gros budget derrière lui,2 et pourtant il existe.

Personne ne regarde. Et si on regarde ?

J’ai envoyé des dizaines de messages et de lettres au sujet de Lectio. La plupart sont restés sans réponse. Je l’ai partagé en ligne et j’ai reçu une poignée de réactions. Au début, ça m’a piqué. Plus tard, ça m’a libéré, parce que j’ai compris que la plupart du temps, personne ne regarde. Les gens sont occupés à porter leur propre vie. Quand personne ne regarde, l’échec ne coûte presque rien. Tu peux essayer, casser quelque chose, réparer et recommencer ; les seuls témoins sont toi et Dieu, qui est très patient avec les débutants.

Mais parfois, on regarde vraiment. Certains vont même rire. Ça aussi, c’est bien.

Néhémie est retourné rebâtir les murailles de Jérusalem, une ville en ruines. Ses voisins ne sont pas restés silencieux. Sanballat s’est moqué des bâtisseurs devant l’armée : « À quoi travaillent ces Juifs impuissants ? » Tobija, à côté de lui, a ajouté que si un renard s’élançait sur leur muraille, il la renverserait.3 Néhémie ne s’est pas arrêté pour argumenter. La Bible dit simplement :

Nous rebâtîmes la muraille, qui fut partout achevée jusqu’à la moitié de sa hauteur. Et le peuple prit à cœur ce travail.

Néhémie 4:6

La muraille fut achevée en cinquante-deux jours.

La moquerie fait du bruit, mais elle ne construit rien. Tu peux l’entendre, prendre ce qu’elle a de vrai, et continuer. Ce qui te porte, c’est l’espérance : la certitude tranquille que la chose vaut la peine d’être faite, même avant que quiconque soit d’accord.

La peur d’être vu, la peur d’être jugé, la peur d’échouer en public : aucune n’est née avec nous. Un enfant chante faux devant toute la famille et s’en amuse. Ces peurs, nous les avons apprises en chemin, ce qui veut dire que nous pouvons les désapprendre, avec quelques autres choses.

Ils disaient un million d’années

Le 9 octobre 1903, le New York Times publiait un éditorial sur le dernier échec en date d’une machine volante. Sa conclusion : une machine qui vole vraiment pourrait voir le jour grâce aux efforts conjugués de mathématiciens et de mécaniciens « d’ici un à dix millions d’années ».4

Soixante-neuf jours plus tard, le 17 décembre 1903, à Kitty Hawk, en Caroline du Nord, Orville Wright volait pendant douze secondes.

Les frères Wright étaient des fabricants de vélos de Dayton, dans l’Ohio, sans un seul diplôme universitaire à eux deux. Des hommes mieux financés et plus diplômés travaillaient sur le même problème. Les deux frères ont simplement continué à faire : construire, s’écraser, mesurer, et reconstruire. Quand ils ont découvert que les données publiées étaient fausses, ils ont construit leur propre soufflerie.

Les experts ont souvent raison. Mais une prédiction sûre d’elle reste une prédiction. Quelqu’un, quelque part, est déjà en train de construire ce qu’on t’a dit impossible.

Le garçon qu’on traitait de fou

Sur notre continent, il y a William Kamkwamba. En 2001, une famine frappe le Malawi, et sa famille ne peut plus payer ses frais de scolarité. Il a quatorze ans. Au lieu de renoncer à apprendre, il va à la bibliothèque du village et y trouve un livre sur l’énergie, avec une éolienne en couverture.

Avec de la ferraille, des pièces de vélo, un ventilateur de tracteur et des perches d’eucalyptus, il construit une éolienne qui apporte l’électricité dans la maison familiale. Beaucoup de gens de son village le traitaient de fou pendant qu’il la construisait. Les mêmes sont venus plus tard recharger leurs téléphones.5

Il avait un problème qui l’empêchait de dormir et un livre d’une petite bibliothèque, et il a commencé avec ça.

Que personne ne méprise ta jeunesse

Dans notre contexte africain, l’âge est souvent traité comme un permis. On attend son tour. On ne parle pas avant les aînés. On ne lance rien tant qu’un plus âgé n’a pas dit que c’était le moment.

Il y a une vraie sagesse dans l’honneur que nous rendons à nos aînés, et je veux la garder. Mais l’âge, la peur et l’ancienneté ne doivent pas devenir des barrières à l’action. Le bâton du changement doit bien être porté par quelqu’un, et très souvent, il est placé dans des mains jeunes. Porte-le dans le respect, demande la bénédiction et le conseil, puis cours.

Paul écrivait à Timothée, un jeune pasteur :

Que personne ne méprise ta jeunesse ; mais sois un modèle pour les fidèles, en parole, en conduite, en charité, en foi, en pureté.

1 Timothée 4:12

Le verset continue, et la suite compte : Timothée doit être un modèle dans ce qu’il dit, dans sa manière de vivre, dans l’amour, la foi et la pureté. C’est ainsi qu’un jeune gagne l’écoute des aînés.

Autour de moi

Faire les choses ne concerne pas que les applications et les éoliennes.

Quand ma femme et moi nous sommes mariés, nous avons eu le cran de façonner notre mariage exactement comme nous le voulions. Nous avons choisi notre propre lieu et nos propres prestataires. Nous avons fait un mariage simple et sans alcool, d’environ 75 personnes, alors que certains aînés nous poussaient à inviter deux ou trois fois plus de monde. Nous avons pris le temps d’une lune de miel en privé. Ce n’était jamais une question d’argent ; nous l’avions. C’était une question de limites. Certains ont sans doute été frustrés, ici et là. Mais c’était magnifique, et aujourd’hui nous n’avons aucun regret, seulement la tête pleine de souvenirs. L’inverse, vivre la version de quelqu’un d’autre de notre propre jour, aurait été terrible.

Flore fait vivre SantéMentaleAfro depuis quatre ans, tout au long de ses études de médecine. Cela a décuplé sa visibilité et, surtout, lui a permis de changer des vies pour de bon. Elle n’a pas attendu d’être diplômée.

Un bon ami a longtemps repoussé son podcast. Il a fini par le lancer. La joie qu’il dégage aujourd’hui fait plaisir à voir, et les gens adorent. Un autre ami apprend le chinois tous les lundis depuis quatre ans. J’admire beaucoup ça.

Quant à moi, cette année, je me suis mis à la lecture ; j’en suis déjà à dix livres. Deux d’entre eux me sont restés : Liberté d’Osho6 et Les quatre peurs qui nous empêchent de vivre d’Eudes Séméria.7 L’une des quatre peurs de Séméria est, tout simplement, la peur d’agir. J’ai aussi commencé à écrire pour de vrai. Ces essais, c’est moi en train de faire la chose.

La médiocrité est une habitude

Beaucoup d’entre nous se sont habitués à des attentes basses : des choses qui marchent à moitié, des projets qui commencent et ne finissent jamais, c’est comme ça. Au bout d’un moment, la médiocrité ressemble à la météo. N’en fais pas partie.

Les exigences sont contagieuses. Passe du temps avec des gens qui construisent. Lis des gens qui ont fait des choses difficiles. Leur courage déteint sur toi. La négativité aussi est contagieuse, et plus vite. Quitte, aussi poliment que possible, les pièces où chaque idée est tuée avant même de pouvoir se tenir debout.

Le feu dans tes os

Jérémie a voulu s’arrêter. Il était fatigué des moqueries et avait décidé de ne plus parler. Il n’a pas pu :

Si je dis : Je ne ferai plus mention de lui, Je ne parlerai plus en son nom, Il y a dans mon cœur comme un feu dévorant Qui est renfermé dans mes os. Je m’efforce de le contenir, et je ne le puis.

Jérémie 20:9

Tu as probablement quelque chose comme ça. Le piano dans le coin. La guitare achetée et jamais apprise. Le livre. L’entreprise. Le problème difficile qui t’empêche de dormir. Le feu que Dieu a allumé en toi, qui ne s’éteindra pas, peu importe combien de temps tu l’ignores.

Il y a plus de deux mille ans, Aristote remarquait quelque chose de simple : « les choses qu’il faut avoir apprises pour les faire, c’est en les faisant que nous les apprenons : par exemple, c’est en construisant qu’on devient constructeur, et en jouant de la cithare qu’on devient cithariste ».8 Personne ne devient guitariste en pensant aux guitares.

La recette

Si tu ne retiens rien d’autre, retiens ceci :

  1. Nomme-la : écris la seule chose que tu repousses sans cesse. Une seule.
  2. Commence petit, aujourd’hui : une page, un accord, un appel, une version qui ne fait qu’une seule chose.
  3. Montre-la avant de te sentir prêt : le silence n’est pas un verdict, et la moquerie n’est pas un mur.
  4. Choisis ton entourage : reste près de ceux qui construisent, et loin de ceux qui ne font que critiquer.
  5. Continue, et amuse-toi : repose-toi quand il le faut, puis reviens. Si tu n’y prends jamais plaisir, quelque chose cloche.

Maintenant, va prendre cette guitare. Tu peux juste faire les choses.

Footnotes

  1. J’ai raconté toute l’histoire dans un plan biblique en trois parties sur Lectio : Le courage d’agir. Il nomme les personnes qui ont fait grandir Lectio bien au-delà de mon idée de départ. Les fonctionnalités Plans et Notes, par exemple, sont une suggestion de Flore. ↩

  2. Quand j’ai écrit ce plan, Lectio avait récolté 25 000 FCFA au total, environ 38 euros. C’est modeste. C’est aussi immense, parce que chaque franc venait de jeunes et d’inconnus qui y croyaient. ↩

  3. Néhémie 4:2-3. La muraille fut achevée « en cinquante-deux jours » : Néhémie 6:15. ↩

  4. « Flying Machines Which Do Not Fly », The New York Times, 9 octobre 1903. Texte original : « in from one million to ten million years ». ↩

  5. Il raconte son histoire dans The Boy Who Harnessed the Wind (2009), écrit avec Bryan Mealer. ↩

  6. Osho, Liberté : le courage d’être soi-même, Éditions Jouvence, 2007. Publié d’abord en anglais sous le titre Freedom: The Courage to Be Yourself (2004). ↩

  7. Eudes Séméria, Les quatre peurs qui nous empêchent de vivre, Albin Michel, 2021. Les quatre peurs sont la peur de grandir, de s’affirmer, d’agir et de se séparer. ↩

  8. Aristote, Éthique à Nicomaque, livre II, traduction de J. Tricot, Vrin. ↩

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